Montréal – Home… almost – Compteur: 8375 kms

24 Août

On vous avait menti.

En fait, ce n’était pas de 7 000 kms dont il s’agissait, mais bien de 8 375 kms.

On s’est fait presque 1 400 bornes de rab !

C’est vous dire comment ça nous a plu…

Après des détours par le BBQ de Hudson, le Holiday Inn d’Emporia, le « Freedom Museum » de Philadelphie, la parenthèse amish à Intercourse, la gentillesse gasconne et les musées de Washington, l’orage à Waycross, le charme de Charleston et de Savannah, la plage de Pensacola, la torpeur et le stupre de la Nouvelle-Orléans, le crochet à Houston, la plongée dans le monde rural à Hungerford, le déchirement sentimental à Austin, l’enfer de Forest Hills, le vide de Memphis et Graceland, la ravissement de Chicago et le dégoût de Niagara Falls, nous voici enfin rentrés à Montréal, ultime étape (qui n’en est pas vraiment une puisque c’est la maison, la famille) avant notre retour à Paris d’un voyage qui fut, n’ayons pas peur de le dire, spectaculaire et inoubliable.

Je n’ai qu’une chose à dire en me relisant… Ouf !

En arrivant, même scène à l’arrivée qu’au départ. Selma et Jean-Pierre sur le balcon, Han, Benoît et les enfants dans la rue.

La familiarité aussi a du bon.

Nous avons quitté Niagara Falls ce matin après avoir passé par le brumisateur géant des chutes et son fameux « tunnel dans le roc. » Puis, après avoir flanqué une bonne frousse à Félix dans une maison hantée, n’importe laquelle des 12 maisons hantées de Clifton Hill — the place to have fun in Niagara Falls — nous sommes montés une dernière fois ensemble dans la Edge pour nos six heures de route vers Montréal.

C’est là, sur la redoutée 401, si près du but, que nous avons failli avoir notre seul accident, notre seule alerte, en fait, en trois semaine de route en presque continu.

Alors que nous le dépassions dans la file de gauche, un chauffeur de poids-lourd s’est déporté vers la droite et nous a forcé à piler sur la bande d’arrêt d’urgence.
Ter
Close call !

Le mec s’était endormi ou ne faisait pas gaffe et trompait l’ennui, allez savoir — Quoi qu’il en soit, il n’avait certainement aucune raison de déboîter, personne en avant de lui, RAS.

Son erreur aurait pu nous coûter la vie.

Malheureusement, vu la taille de leur véhicules, ces gars-là n’ont pas le droit à l’erreur…

Anyway, on est tous là, sains et saufs…

On t’aime, Jules.

Pensées

23 Août

GrandMa, this is, more than anything else, for you. I know you must be wondering what I thought about your native country, how I felt while discovering it. Part of the answer down there – the remaining will come as the days will pass in Austin and as I’ll learn more about it!

Quel beau voyage ! Bien que n’en n’ayant fait que la moitié – j’ai décidé de prolonger de quelques temps notre arrêt à Austin !, ce voyage était riche de découvertes, de rencontres et de surprises. Qu’en penser ?

Et bien d’abord, la première chose qui me vient à l’esprit c’est que, décidément, l’esthétisme préoccupe bien peu les Américains. Que ce soient ces belles plages de Floride dénaturées par des barres d’immeubles insipides ou ces banlieues résidentielles où les maisons individuelles se suivent et se ressemblent, il y a là un décalage culturel notable avec ce que nous connaissons outre-Atlantique. Urbanisme et architecture ne sont pas toujours au rendez-vous ! Est-ce nécessairement moins bien ? Je ne pense pas – en fait, c’est surtout le fruit d’une culture et d’une histoire différente ! L’Amérique, c’est le Nouveau Monde, où tout s’est développé si vite ! Quand les classes moyennes ont voulu émigrer des centres-villes pour s’installer en banlieue, des entrepreneurs ont conçu ces « maisons industrielles », toutes les mêmes, installées mécaniquement les unes à côté des autres ! Quand les classes populaires, à la faveur de l’enrichissement collectif et du progrès social, ont pu partir en vacances, des entrepreneurs ont colonisé les belles plages idylliques en y construisant de grands immeubles pour leur permettre de s’y loger à bas prix !

Si les plages de Floride que nous avons découvertes étaient restées plus sauvages, moins densément domestiquées ; si le bord de mer était fait de jolies maisons individuelles, de lofts architecturalement recherchés, les classes populaires n’y auraient jamais eu accès ! C’est la même chose avec toutes ces banlieues à la Wisteria Lane. Si chaque famille qui voulait s’exiler du centre-ville avait du faire appel à un architecte pour se faire construire une belle petite maison personnelle, seules les plus riches auraient eu ce privilège.

Rogner sur l’esthétisme, c’est aussi démocratiser l’accès en réduisant les prix. Alors, est-ce un bien ou un mal ?

Évidemment, nous avons également vu de très, très beaux endroits – ne me faites pas écrire ce que je n’ai pas écrit ! A ce titre, Charleston, South Carolina, reste probablement la plus belle ville que j’ai visitée. Rien d’exceptionnel – d’autant plus que nous n’y sommes restés qu’une soirée, mais une atmosphère très spéciale, des rues pavées et fleuries qui se jettent dans la mer, des maisons soignées, un bord de mer agréable et joli. Un air lourd, aussi, où des odeurs enivrantes affluent de toutes parts – les milles et uns parfums des fleurs qui écument les balcons, l’odeur équivoque de la mer, tout se mélange et se propage dans l’humidité ambiante…

Un autre point que me vient à l’esprit, ce sont les gens eux-mêmes – qu’est-ce qu’un voyage sinon la rencontre de l’autre ? (Waouw, c’est beau ce que j’écris !)

A mille lieues des clichés véhiculés outre-Atlantique, les Américains m’ont touché (au sens figuré, hein !) par leur gentillesse, leur amabilité, par la chaleur de l’accueil qu’ils nous réservaient sans cesse, partout. Les gens ici sont ouverts, ils interagissent avec l’autre quand, en France, chacun vit dans une bulle hermétique et fait semblant de ne voir personne, de n’entendre rien autour de lui. Dans les villes ou les campagnes, dans les stations-service, les restaurants et les rues, les gens se parlent, se sourient, s’entraident, s’intéressent les uns aux autres. Fucking socialists!

Au niveau de la nourriture, well, je dirais presque que j’ai été agréablement surpris. Certes, ce n’est pas le royaume de la fine gastronomie mais, eh, ça, on le savait bien ! Cela dit, il est toujours possible de trouver des fruits frais – surtout quand Maman se transforme en Julie !, de trouver de la nourriture un peu plus légère et saine. Bien sûr, la tâche est beaucoup plus aisée pour quiconque se satisfait de fast-foods à longueur de journée. Mais c’est vrai partout, ça, non ? C’est bien le but des fast-foods que d’être faciles d’accès. Alors, ici comme ailleurs, pour bien manger, il faut chercher. Il faut juste chercher un peu plus et manger un peu moins bien, mais c’est quand même jouable, après tout !

Restent les quantités, souvent étonnantes – sans être effrayantes. Oui, les Américains mangent sûrement beaucoup. Rien de nouveau, hein !

What else… Ah bah si, tiens, puisque ce blog en faisait la collection – parlons des camions de pompier ou autres voitures de police. C’est vrai ici comme à Montréal, et ça me surprend toujours : est-il nécessaire que leurs sirènes fassent autant de bruit ?! À Paris aussi, on a des urgences ; à Paris aussi, on a des sirènes. Mais pas besoin des les entendre à des kilomètres à la ronde – il suffit que les voitures l’entendent d’assez loin pour laisser le passage. En fait, le niveau sonore est tellement élevé que ça fait presque – mais je suis sûrement mauvaise langue – m’as-tu vu. Regardez-nous bien, nous sommes vos sauveurs, toujours là pour vous servir. Arrêtez tout ce que vous faites et écoutez-nous, regardez-nous : here we are, heroes of our land!

Dans un registre proche, la multiplication de drapeaux américains sur terre et dans les cieux est assez étonnante – souvent doublés, au Texas, du drapeau local – Don’t mess with Texas boy! Est-ce le signe d’un patriotisme américain revigoré depuis 911? Ça rentre peut-être en jeu, mais, à mon avis, sur tous ces drapeaux, un bon nombre étaient là avant ça. Alors la question se pose : pour quoi faire ?

Que dire d’autre… Évidemment, les États-Unis sont bel et bien le royaume de la voiture triomphante – mais ça non plus, c’est pas une breaking news! À tel point d’ailleurs que la grande majorité des vendeurs de voitures se trouvent à l’extérieur des villes, sur le bord des routes. Donc, en gros, pour aller acheter une voiture aux États-Unis, il faut en avoir déjà une – sinon, impossible de se rendre jusqu’au magasin !

Je parlais de dénaturation de la Terre plus haut avec les plages de Floride ; que dire de ces paysages désolants où les autoroutes s’empilent sur plusieurs étages, symbole de la domination totale de l’homme sur son environnement naturel ?! Encore une fois, c’est un choix de vie né, je pense, de l’histoire récente du pays. Il a fallu la développer, toute cette terre, immense et vide. Et un choix a été fait : la développer dans le sens des intérêts de la communauté humaine. Mettre la nature au service de l’homme, l’apprivoiser, la dompter. Est-ce un mal ? En termes environnementaux, certainement. Mais, encore une fois, peut-on vraiment leur en vouloir d’avoir accommodé cet endroit de façon à se simplifier la vie ?

C’est à peu près tout pour le moment. Outre ces quelques réflexions, j’ai bien évidemment passé un excellent voyage, un moment de découvertes riches et intenses, de rencontres passionnantes sur ce fascinant pays que sont les États-Unis. Me voilà fin prêt pour explorer plus profondément les cultures austiniennes et texanes !

Humeur

23 Août

Je me doutais bien que Marilyn ne serait pas là, mais je ne m’attendais jamais à me retrouver dans un Luna Park géant.

 

 

 

Niagara Falls, ON

23 Août

Après avoir traversé trois états – l’Illinois, l’Indiana et le Michigan – et une bonne partie de l’Ontario (sans commentaire) nous voici donc domiciliés (temporairement, je vous rassure) dans la capitale canadienne du kitsch et du mauvais goût, un endroit où on a quand même réussi de le tour de force de faire passer les chutes les plus célèbres du monde au second plan des attractions touristiques.

Ici, c’est pas compliqué, c’est le royaume des dudules canadiens et si vous croyez que le débit d’eau des chutes est impressionnant, vous devriez voir le débit de conneries au centimètre carré qu’il y a en ville !

Du plus gros (et plus sale) Tim Horton’s du monde occidental au karaoké géant Labatt Bleu, en passant par le Ripley’s Believe it or Not, le Luna Park en carton-pâte et le Musée de Cire où aucun des personnages ne ressemble à qui que ce soit, nous avons ici le plus grand ramassis de n’importe quoi que j’ai jamais vu.

Et en plus, on s’y caille les miches !

A l’heure où je vous écris, assis sur le petit balcon de notre chambre au Fairview Motor Inn (une toute petite, mais vraiment toute petite coche au-dessus du Country Hearth Inn de Forest Hills) la clope au bec et le iPad sur les genoux, il fait à peine 14°.

C’est 16° de moins qu’à Chicago ce matin et 28° de moins qu’au Texas où nous étions encore il y a moins de cinq jours.

Je n’irais pas jusqu’à dire que je m’ennuie des 40° d’Austin, mais presque…

A trois portes de moi, mon voisin en peignoir et tongs bouffe ses raviolis en boîte sur une poubelle renversée (c’est vous dire la classe de l’endroit) pendant que moi, je grelotte, malgré le pull que j’ai enfilé et que je ne pensais jamais utiliser lors de ce voyage.

Comme quoi, on n’est jamais assez bien préparé…

Anyway, demain nous allons voir les chutes de jour après les avoir vu de nuit, illuminées aux couleurs de l’arc-en-ciel — En effet, pourquoi faire naturel quand on peut jouer la carte de l’artificiel et réduire un des plus beaux sites naturels d’Amérique au rang de carte postale décolorée ?

En espérant que le tout soit plus convaincant de jour, mais j’en doute…

Humeur

23 Août

Mention spéciale à Shaggy, indéniable poète et chanteur contemporain, pour son titre (on dit « hit » même), entendu environ 5 fois par jour à la radio et si fraichement intitulé: « She likes the taste of my sugarcane » .

Driving a non-Edge

23 Août

J’avais oublié ce que ça faisait. Bah oui, après tous ces kilomètres de route, je ne savais même plus comment c’était, moi, de rouler dans une voiture. Parce que, vous l’aurez compris, l’Edge qui nous a accompagnée jusqu’au Texas – et, pour certains, plus loin encore ! -, c’est bien plus qu’une voiture. C’est comme un partenaire, un cinquième acolyte (tu m’excuseras, Julie), un vaisseau terrestre. On ne roule pas, en Edge ; on survole les routes, on flotte sur le bitume, on glisse sur le pavé tel un train à sustentation magnétique, porté par un courant inconnu, en lévitation au-dessus d’un sol ébahi.

Et aujourd’hui, le drame. J’avais demandé à un de mes coloc’ de m’accompagner chercher un beau vélo tout neuf (ou pas, comme vous pouvez le voir…) que j’avais trouvé sur Craig’s List mais qui était à quelques miles d’Austin.

Directly from the 1960s!

En sortant de la maison, des perles de sueur coulèrent doucement sur mon visage ébahi. Pris de convulsion quand il s’approcha d’une chose verte, je compris l’incompréhensible. J’allais monter dans une voiture, cette chose du passé dont j’avais tant entendu parler mais que je n’imaginais même pas emprunter un jour. Alors, ça se faisait encore, des voitures !? Bien sûr, je ne tardai pas à lui demander, avant d’oser toucher à cette carlingue usée, s’il rigolait, s’il jouait juste à me faire peur avant de m’emmener dans son Edge. Mais l’incompréhension que je pus lire sur son visage me fit comprendre bien vite que je devrais me résigner à ça. Le pauvre homme n’avait même pas l’air de savoir ce qu’était un Edge. Lointain, lointain Texas, perdu dans les méandres du… c’est quel siècle, déjà, la voiture !? J’ai comme l’impression de n’avoir toujours vécu qu’avec des Edge. « Des » Edge, que dis-je ? Le mettre au pluriel est une parjure, le mettre au pluriel reviendrait à le rendre commun ; or on sait tous que le Edge est unique.

J’entrai donc dans la chose verte, et l’intérieur fut fidèle à l’image que je m’étais fait des voitures à travers les cours d’Histoire que j’avais reçus étant gamin – ces voitures qui avaient fait le bonheur et la liberté de mes ancêtres (pardon, papy). C’était donc ça, une voiture… Le sol était jonché de paquets de cigarettes, de bouteilles en plastiques vidées, de gobelets Mac Do’ (auquel il ne tarderait à pas à rajouter tout un menu Big Mac, mangé en roulant, s’il vous plaît !), de disques musicaux (dans leur pochette originelle, attention !), et autres débris insolites.

Le trajet fut long, très long – et pourtant, nous n’avons pris qu’une demi-heure pour aller jusqu’à Round Rock, où m’attendait sagement mon vélo ! Mais le temps passe si lentement en voiture – et les routes semblent si sinueuses, si difficiles, si fatigantes, même, que j’en étais bien vite essoufflé. Il faut dire que nulle voiture ne peut appréhender la route comme une Edge, nulle voiture ne peut dompter les côtes et maîtriser les virages comme une Edge. Je suis d’ailleurs étonné qu’elles partagent encore les mêmes routes – une aberration qu’il conviendrait de faire remonter aux autorités compétentes.

Enfin voilà, la gentillesse de mon coloc’, qui a bien voulu m’emmener chercher mon vélo, n’était rien au regard de la souffrance que j’ai du endurer sur la route. À tel point que j’ai failli l’envoyer balader une fois arrivés, lui dire ce que je pensais de son passéisme maniaque qui le poussait à conduire une voiture au lieu d’une Edge ; lui dire mes quatre vérités et rentrer en vélo, tout seul. Mais nous avons encore neuf mois de cohabitation, alors je me suis tut et je suis remonté dans sa voiture, l’esprit en larmes et le coeur en miettes…

Tu me manques, Edgy…

Collection

22 Août